Tête fille tocat Titre Jeune Champagne

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LES ANIMAUX ET CREATURES MYSTERIEUSES
La lycanthropie :

Ce mot fait allusion à un sorcier d’un genre assez spécial : le loup-garou, plus connu dans notre région sous le nom de voirloup. Nous disons bien qu’un genre spécial le caractérise. En effet le sorcier ordinaire se laisse approcher, on peut le voir, le consulter. On l’invoque et il intervient. Du lycanthrope il n’en est pas de même. Il est essentiellement sauvage et fuyant, je dirais même : il est taillé pour la course. On ne fait que « voir le loup », d’où l’expression en usage chez nous : « tu cours comme un voirloup » Ce préambule nécessaire va nous aider à comprendre les deux descriptions qui suivent :
A Bayel et à Lignol un loup garou parcourait souvent les bois, on l’apercevait à la cote des Anges, aux quatre croix du village et ailleurs. Plusieurs fois des métayers et des charbonniers lui avaient donné la chasse, mais ils n’avaient jamais pu le « déhurer ». Quand on croyait le prendre, il se volatilisait. Quelquefois il bondissait par dessus la tête des chasseurs ébahis. Ceux-ci sans doute le tirait, mais les balles ne produisaient pas plus d’effet sur lui que sur un tas de laine. Durant ces courses folles le loup garou ne manquait pas l'occasion de croquer un mouton ou bien de se jeter sur quelque passant isolé. Il disparaissait au premier chant du coq.
Revenant de la veillée, les bonnes femmes de Géraudot s’étaient pâmées plus d’une fois devant l’apparition du loup garou (bien qu’il ne soit pas enfui à leur approche). Il faut dire qu’à Geraudot, le voirloup spécialiste de l’escamotage des poules et des lapins, ne devait pas se confesser tous les jours. Il avait de nombreux méfaits sur la conscience. Pourtant il trouva son maître : un ancien milicien, un vieux grognard qui n’était pas tombé du ciel à la dernière averse ! Celui-ci décrocha son fusil et courut comme un voirloup. L’autre le voyant de près cria « ne tires pas, je suis Jacquot du Mesnil Saint Père ».


Les voirloups :
On signale des Voirloups dans toutes les contrées champenoises, le plus souvent mi homme mi loup. Créatures du diable, on le retrouve dans la majorités des légendes de notre région. Un bois porte même le nom de Virloup du coté de Moussey. Néanmoins les légendes ont un fond de vérité : Il serait peut-être osé de prétendre que la légende est plus vraie que l’histoire. Aussi pour ne pas encourir l’ire des historiens, nous nous contenterons de dire que es légendes ont un fond de vérité. Ainsi celle du loup garou trouve un fondement réel dans cette frayeur collective inspirée par le loup. Le loup n’est pas un animal imaginaire : qu’on en juge ! ! ! !
Le 8 septembre 1676, pendant la nuit, les loups pénétrèrent dans le village de St Lupien et étranglent 60 moutons à Lupien Nioré.
A Pouan, au mois de septembre 1740, un loup enragé étrangle François Guillaume, mord plusieurs habitants, dévore Marguerite Gibey ainsi qu’un sieur champenois.
Dans une autre circonstance un loup sortit de Dierrey ou il fit beaucoup de victimes.
Le 26 décembre 1774 à 11 heures du soir, il se jeta sur un ouvrier charron d’Estissac qui se défendit vaillamment, mais mourut ensuite de la rage.
Avec de tels exemples connus et de nombreux autres que nous ignorons, la légende du loup garou ou varloup ou voirloup ne sera toujours qu’une légende, mais cependant elle s’établit sur des fondements bien réels. Si nous avions le soucis de chercher un élément vrai au point de départ de toutes nos légendes, cela diminuerait singulièrement la naïveté ou l’ignorance dont nous accordons trop généreusement le bénéfice à nos ancêtres.


Les lutins :
La sorcellerie vise particulièrement à amener l’intervention de génies plus ou moins malfaisants. Aussi dans l’ambiance crée par les sorciers se meuvent des esprits follets, créatures animales et malicieuses qu’on dit venir la nuit pour taquiner les hommes. Le plus souvent dans notre région le lutin se singularise par ses grandes oreilles et sa longue queue. Si nous n’avons pas retrouvé de dessin de cette époque représentant ce type de lutin, il est frappant de constater que si certains villages évoquent les lutins comme des esprits follets, pour la grande majorité des autres, ces lutins ont tous en Champagne une queue et des grandes oreilles. Voici quelques anecdotes concernant ces esprits ou animaux bizarres ;
A Maizières La Grande Paroisse, on appelle ces esprits les « arlequins ». Cet arlequin là est un être immatériel qui sous forme de flamme ou de clarté pénètre par le trou des serrures dans les appartements, où il remue quelquefois la vaisselle. Pour le chasser on lui dit :
Arlequin du boudin, Saute culot, du gâteau, Va-t-en !
Et l’arlequin s’en va.
Ces étranges lutins circulent principalement pendant les semaines de l’Avent sous formes diverses qui suivent avec un persistance inquiétante les carrioles le long des haies. Si quelqu’un leur dit d’un air moqueur : « Saute gaillard, t’auras du lard », l’arlequin ne se fait pas prier. Il saute incontinent sur les membres de l’individu, son poids est d’un pesanteur intolérable ; « il fait sang »
Dans les environs de Troyes les Arlequins étaient désignés sous le nom de « Culards » ; ils jouissaient d’une réputation si fâcheuse que l’on disait par terme de comparaison : « celui là il est malin comme un culard ».
Les culards de Vallant Saint Georges ne valent guère mieux que leurs collègues de Troyes. Pendant l’Avent ils courent après le voyageur attardé pour le noyer dans les eaux de l’étang de Bury. A Bayel un lutin domestique était appelé « Fouilletout » à cause de sa curiosité. Cette singulière créature semble venir de la Haute Marne, puisqu’on le retrouve à Chalindrey. Il travaille la nuit sans lumière au métier de bonneterie ou tissage : souvent le matin on trouve 15 ou 20 aunes de toile ajoutées au rouleau de la veille. Souvent aussi il détruit le travail de la veille mais personne n’ose le troubler. Par corruption le même lutin est appelé « Fouletot » à Lignol. Ce farfadet, habillé tout de rouge entre la nuit dans les écuries et donne à profusion foin et avoine. Surpris de voir ses râteliers remplis et son bétail ramassé, le propriétaire guette souvent le visiteur nocturne, mais c’est bien en vain.


Nous aurions pu continuer ainsi pendant des heures. Le temps ne nous permettra pas de vous parler des fées, du Chasseur Noir, de Mélusine, du Baphomet de la forêt d’Orient ou même de l’étrange Bonnet Vert de Vallant Saint Georges qui circulait plus ou moins mystérieusement sous le couvert du manteau de la cheminée, faisant figure de revenant.
Pour mieux comprendre venez donc de par chez nous. Ah ! que nos forêts et nos chaumières champenoises sont belles et accueillantes ! !
Le jour surtout……

Jean Aimé Beury
Section Recherches
JEUNE CHAMPAGNE
Troyes

Sources : André Beury, articles de l’indépendant de l’Aube février 1951
Histoire de Saint Lupien , M. Jossier
Histoire de Maizières, M. Jamery
Histoire de Vallant St Georges, Ernest Chonlier
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